Vendredi 23 et samedi 24 octobre 2009, c'est le week-end intégration des BTS IPM 2009/2011. Il semble que la perspective de quelques heures de marche et d'une nuit en refuge par température négative ait refroidi quelques apprentis. Qu'importe, ils sont 6 à avoir répondu présent sur les 10 que compte la promotion, et ils ne vont pas le regretter ! Pour les accompagner, 4 enseignants se sont portés volontaires, prêt eux aussi à en découdre avec les éléments.
Vendredi nous avons prévu de rejoindre le refuge de la Pra, qui se trouve à 2100 mètres dans le massif de Belledonne, et d'y passer la nuit. Le samedi, en fonction des conditions nivo/météo et de l'état des troupes, nous avons prévu soit de monter à la croix de Belledonne (2926), soit de faire une bouclette au grand Colon (2394).
La météo a été très mauvaise pendant la semaine précédente, avec même les premières chutes de neige sur les sommets. Pour les deux jours qui nous intéressent, le temps doit aller en s'arrangeant. Toutes nos sources s'accordent pour annoncer encore quelques nuages le vendredi après midi, puis une nette amélioration le samedi avant un retour des perturbations le dimanche. C'est donc confiants que l'on décide de maintenir la date.
Vendredi 23 Octobre, 13h30 Lycée Aubry. On vérifie le contenu des sacs et l'équipement des apprentis, pour éviter d'en découvrir un en tong et tee-shirt au départ de la balade. En montagne on est jamais à l'abri d'un crash météo
. Après avoir échangé quelques paires de baskets par de vraies chaussures de montagne, on est enfin partis pour l'aventure.
15h07 Nous sommes sur le parking des 4 chemins, au dessus de Revel (Isère). L'ambiance est humide (pluie de la matinée) et comme prévu des nuages accrochent les montagne et nous plongent dans un brouillard qui rend l'atmosphère un peu lugubre. Chacun se prépare dans l'effervescence du moment, et c'est enfin parti pour 2 à 3 heures de montée jusqu'au col de la Pra.
15h33 C'est la première pause. La piste du départ a laissé sa place à un vrai sentier de montagne et l'arrière du groupe est déjà moins loquace. Les nuages vont et viennent, l'ambiance dans la forêt est toujours aussi humide.
16h28 Les pas des apprentis se font plus lents, le souffle plus court. Nous avons quitté la forêt, sommes passé sous la magnifique face nord du grand Colon déjà bien enneigée. Nous atteignons la limite de la neige. Il n'y a encore que peu d'épaisseur, mais déjà l'atmosphère fait bien montagne. On est rentré dans l'hiver avec près de deux mois d'avance.
16h44 Nous sommes enfin au lac du Crozet, magnifique lac de montagne aménagé en 1885 pour alimenter en énergie hydro-électrique les usines de fabrication de la pâte papier de la vallée du Grésivaudan. L'ambiance est saisissante. nous sommes dans un univers minéral monochrome. Neige, brouillard et solitude.
17h24 Nous voilà sous le dernier raidillon menant au col de la Pra. Le brouillard nous enveloppe, la visibilité est tombée à 10 mètres et la neige se met à tomber. Le vent soutenu glacial nous cingle le visage. Gants, bonnets, écharpes et grosses vestes sont de sortie. Tels 10 naufragés nous avançons doucement vers notre terre promise. Un refuge où nous serons au sec, à l'abri du vent et du froid pinçant.
17h47 Après avoir passé le col de la Pra, le refuge est en vue ! Quelques minutes plus tard nous poussons la lourde porte et découvrons ou nous passerons la nuit. A l'entrée, la cuisine avec du mobilier métallique, glacial. Pas de gaz, ni d'électricité, ni d'eau. Plus loin, un réduit avec une table et des bancs en bois, ainsi que des casiers avec des chaussons. Au fond, le dortoir, 18 lits avec matelas et couvertures. La pièce est froide, mais bien sèche. Chacun s'installe.
18h45 Dehors les nuages se déchirent nous laissant apercevoir la plaine de la Pra et les sommets alentours, complètement enneigés. Quelques flocons tombent encore, mais le temps semble aller vers le beau comme il était prévu. Les apprentis s'affairent autour du repas. Les réchauds tournent à fond et l'eau tirée du ruisseau monte doucement en température.
19h43 Tout le monde est repu. Les pâtes collantes et la soupe de Mère-Grand, si difficile à avaler en plaine passe curieusement sans problème en altitude. Chacun a conscience qu'ici, dans ce milieu hostile, chaque calorie est bonne à être absorbée. Le jeu de carte a remplacé les gamelles et une partie endiablée s'annonce, à la lueur des lampes frontales.
21h00 Extinction des feux. Mais où sont passés les apprentis fêtards ? Une bonne journée et la perspective d'une courte nuit les a anéantis. Ils sombrent déjà dans les bras de Morphée. Le ciel est étoilé, les nuages ont laissé leur place au vent et la température est encore descendue. Au dehors la nuit s'annonce glaciale, les couvertures du refuge ne seront pas de trop...
Samedi 24 Octobre, 4h00 du matin Les profs se réveillent pour prendre une décision sur l'objectif de la journée. Nous avons un impératif horaire : 15h00 à Bourgoin Jallieu. Si l'on veut monter à la croix de Belledonne, il faut impérativement décoller du refuge à 5h00 du matin. La nuit est toujours étoilée, mais il y a un vent glacial qui souffle par rafales. Vu les quantités de neige que l'on risque de rencontrer plus haut, les deux heures 30 de marche nocturne obligatoires et l'équipement sommaire des apprentis, nous préférons nous replier sur l'objectif secondaire : le grand Colon en boucle, qui est déjà (vu les conditions) un très bel objectif. Avec le recul nous avons pris la bonne décision. La croix n'était pas envisageable ce jour. Quand la montagne ne veut pas il faut savoir renoncer. On se recouche donc pour 2 heures de sommeil de rab.
6h00 Debout tout le monde, objectif grand Colon ! Nous avons prévu de partir de nuit, pour profiter de quelques instants de marche à la frontale, et pour voir le lever du jour. Certains des apprentis ne vivront l'expérience qu'une fois dans leur vie, il serait dommage de passer à coté. On se réveille doucement. Le sommeil a été court mais réparateur et déjà on s'active autour du petit déjeuner.
7h25 C'est le départ du refuge à l'aube naissante. 1h25 pour se préparer, on a battu le record du monde. Heureusement nous ne sommes pas pressés. La journée s'annonce belle et il faut profiter de chaque instant. Les frontales se suivent sous un ciel encore étoilé. Le froid est vivifiant. Chacun mesure qu'il est en train de vivre une expérience unique.
7h50 Nous sommes au lac Merlat, juste sous la face sud-est du grand colon. Le jour se lève doucement et les esprits émergent. Alors que nous longeons le lac, Plouf ! Le prof de math qui n'est pas encore totalement reveillé tombe dans l'eau. Heureusement sans mal 
8h38 Nous montons dans la raide combe sud est du Grand colon, hors sentier, entre les blocs enneigés. Nous arrivons sur un joli promontoire d'où la vue sur le lac tout en contre-bas est saisissante. Photo de groupe pour la postérité.
9h00 Nous touchons enfin le soleil et celui-ci nous apporte un peu de chaleur. La dernière montée, orientée Est s'annonce chaude et difficile, dans une raide pente pleine de neige. Les chaussures glissent, la fatigue se fait sentir, mais l'objectif est en vue.
9h29 Le sommet est atteint ! La vue sur Grenoble est superbe. Au loin la plaine Lyonnaise est déjà sous les nuages qui annoncent la perturbation de la fin de l'après-midi. Tout le monde profite d'une pose bien méritée. Tout en bas on peut admirer le magnifique lac Merlat. Il ne reste maintenant plus que de la descente. On troquerait bien les chaussures de rando pour une paire de skis tant la pente du plateau sommital est accueillante...
10h07 Pour rejoindre l'épaule Sud-Ouest partiellement enneigée, la prudence est de rigueur. L'endroit est un peu exposé et un faux pas pourrait écourter la descente. Tout le monde est bien concentré. Au dessous, la neige fait place à la prairie, puis la prairie à la forêt. Les dernières minutes sont difficiles pour les jambes peu habituées a ce genre d'exercice, mais sans souffrance il ne peut y avoir de pleine satisfaction.
11h50 On est enfin au parking. Moins de 24 heures que l'on est partis, et pourtant quelle aventure ! Tant d'émotions en si peu de temps. La magie de la montagne a encore frappée, et même si les corps sont bien fatigués tous garderont un souvenir impérissable de ces instants magiques.